8 Drame

     Will, Yuna, Valentin, Prunelle, Titouan et Willyanide rentrèrent à l'auberge, où se trouvait déjà Méline, impatients de prendre de ses nouvelles.

 

     Willyanide s'absenta pour repartir à sa chambre. Elle fut étonnée de ne pas y voir son ami avec qui elle échangeait depuis quelques années par correspondance et qu'elle retrouvait lors de ses voyages en Finlande. Elle l'avait hébergé également lors de ses séjours en France et ils étaient devenus des amis très proches.

 

     Alors qu'elle commençait à s'assoupir sur son lit, on toqua à la porte. Elle se releva, se prit la tête entre les mains puis s'étira avant d'ouvrir.

 

_ Re Willya ! T'aurais pas vu Méline par hasard ?

_ Ah c'est vous ! Euh non, pourquoi ?

_ Ben on ne la trouve pas...

_ Ouai ben moi c'est mon coloc qui a disparu, ha !

 

_ Hello, on nous cherche ? s'exclama Méline en arrivant main dans la main avec une personne de l'auberge.

_ Ben Méline, alala t'étais où ?

_ Ahem ahem, bon alors les présentations : Prunelle, Yuna et Willya, je vous présente Maino, et Maino, Prunelle, Yuna et Willya.

 

     Un petit silence et des regards intrigués semblèrent immobiliser le temps de quelques secondes. Après la joie des retrouvailles, tout le monde se posait des questions sur l'éventuelle relation entre Méline et Maino, parfaitement inattendue.

 

     Maino et Méline se sourirent en se serrant l'un contre l'autre. Ils s'étaient demander comment annoncer la nouvelle, et ils avaient choisi de la dire le plus naturellement possible. Mais apparemment, celle-ci ne passa pas aussi facilement qu'ils l'avaient souhaité. Willyanide perdit son sourire, prit son manteau et décampa sur le champs sans leur adresser un mot. Prunelle et Yuna se contentaient de regarder Méline avec une expression d'incompréhension l'air de dire : <<as-tu perdu la tête ? C'est une blague ou... ?">>.

 

     Devant la fuite soudaine de Willyanide, Maino se sentit obligé de partir, et Méline repartit avec Yuna et Prunelle dans leur chambre.

 

_ Méline, je suis vraiment très surprise à vrai dire... Ca fait bizarre, commença Prunelle pour entamer la conversation.

_ Moi aussi ! En fait, pour ne pas passer par quatre chemins, j'aurais été super heureuse pour toi que tu aies trouvé le true love mais pas un finlandais, je suis désolée de te dire ça comme ça, mais... Réfléchis, as-tu songé à la distance, et même à la possibilité que vous ne puissiez pas sortir ensemble ?

_  Je savais que vous alliez dire ça, vous croyez que je n'y ai pas pensé ! Je n'ai fait que ça...

_ Je suis désolée aussi mais je suis du même avis que Yuna, si on te dit ça, c'est pour ton bien. Personnellement, je trouve que c'est une grosse connerie, on part dans quelques jours... Limite ça aurait été plus raisonnable de vivre ça comme une amourette passagère, ton amour de Finlande, mais sans prendre ça comme le grand amour de ta vie ! En plus, si vite, juste le temps qu'on parte dans le nord un peu et tu tombes amoureuse aussi brutalement... Méline, alala, qu'est-ce que tu ne nous fais pas, rigola Prunelle pour détendre un peu l'atmosphère, ce qui ne fit sourire que Yuna et renfrogner encore plus Méline.

_ L'amour, ça ne se commande pas ! Je suis consciente que c'est fou, et incompréhensible pour vous, je ne vous en veux pas mais... ça me saoule c'est tout ! Je suis folle amoureuse de lui, je n'y peux rien. Il l'est aussi et on fera notre possible pour pouvoir vivre ensemble, peu importe les conditions et les difficultés.

_ C'est... très optimiste... Méline, réfléchis quand même, tu peux avoir de la volonté, parfois les choses sont impossibles. C'est une erreur que de t'accrocher et croire en un amour aussi incompatible : vous n'êtes pas du même pays, vous parlez à peine la même langue, vous habitez très loin de l'autre...

_ Ok, ba alors tu me proposes quoi ? s'énerva Méline, d'ordinaire très calme et trop timide pour oser se mettre en colère contre quelqu'un.

_ On sait que c'est difficile, plus facile à dire qu'à faire, mais... Sincèrement Méline, pour ton bien, arrête. Vraiment, vous pouvez garder contact, vous revoir, mais pas plus. Sinon tu fonces dans un mur. On aimerait bien t'aider et aller dans ton sens mais là, en tant qu'amies, on te doit de te prévenir et t'empêcher de faire une grosse bêtise.

 

    

     Les larmes aux yeux et bouillonnante de colère, Méline partit nerveusement en leur adressant un regard noir et claqua la porte très fort derrière son passage.

 

     Willyanide se trouvait déjà dehors. Méline, se doutant qu'elle était sûrement la cause de sa fuite, évita de la croiser. Elle passa la journée toute seule, évitant tout contact avec quiconque, Maino excepté. Le soir, alors que la température rechutait, Will parvint à sortir pour discuter tranquillement avec elle. Au départ, il sortit juste pour fumer et se tournait de temps à autre pour montrer sa présence sans pour autant insister. Puis il s'assit à côté d'elle et attendit quelques minutes avant de parler. Il rentra enfin à l'auberge et revint avec une grosse couverture chaude qu'il lui déposa sur ses épaules. A partir de ce moment, ils parlèrent pendant une petite heure jusqu'à ne plus pouvoir supporter le froid glacial qu'ils respiraient.

 

Gretchen am Spinnrade de Schubert (ici)

 

     Les jours à venir n'étaient pas plus joyeux pour Méline et Maino, et Willyanide était devenue un fantôme morose au sein du groupe.

 

     Méline prit une décision importante dans le tournant de sa vie. Elle choisit de rester en Finlande avec Maino, sans écouter ses amis qui avaient tout fait pour tenter de lui faire entendre raison. Elle était persuadée qu'il fallait profiter des occasions rares offertes par la vie et elle ferait tout pour s'adapter. Elle avait l'impression que repartir en France, c'était laisser son amour pour Maino. Comment être sûr que leur relation tiendrait si elle partait ?

     Elle était peut-être intrépide et irraisonnée aux yeux de tous mais elle avait la sensation de profiter pleinement de la vie, de son instant présent. La vie n'avait pas de règles pour Méline, l'être humain devrait être libre et faire ce qu'il veut de sa propre vie tant qu'elle n'octroie pas celle des autres. Si sa famille et ses proches ne la comprenaient pas, Méline ne pouvait pas se sacrifier pour contenter leur désir d'ordre, de normalité, comme si le fait de rentrer en France était obligé. Il n'était écrit nulle part qu'elle ne pouvait pas vivre avec Maino, qu'elle chérissait plus que tout.

     Alors non, elle préférait s'accrocher à l'espoir qu'ils la comprendraient un jour et qu'elle pourrait réussir sa vie en Finlande ou en France avec Maino, peu importe, du moment qu'il était avec elle.

 

     Sa mère lui envoyait des lettres toutes les semaines, s'inquiétant, se faisant beaucoup de soucis et se plaignant sur son sort. Elle considérait son voeu de rester en Finlande comme un abandon. Elle venait de perdre son mari, et maintenant elle voyait sa fille partir.

 

     Néanmoins, un jour, Méline reçut une lettre pas comme les autres. Elle la laissa longtemps entre ses mains et se retint de pleurer, devenant blanche comme un cadavre. Bientôt prise d'une crise de larmes, elle tendit la lettre à Maino.

 

     Choqué par la terrible nouvelle, il l'emmena directement à l'aéroport en l'aidant à transporter ses affaires nécessaires. Quelques heures après, l'avion décollait. L'air gravement attristé, Méline fit ses derniers au revoir à Maino par la fenêtre, en laissant un cœur en buée sur la vitre. Sa mère avait attrapé le cancer, elle se trouvait à l'hôpital. A cette idée de l'avoir laissée trop longtemps seule sans s'être occupée d'elle du jour au lendemain, Méline pleura quasiment durant tout le trajet, ne parvenant pas à trouver le sommeil ni à manger quoi que ce soit.

 

     Le pire, c'est qu'elle était déchirée par l'inquiétude et la tristesse de savoir sa mère malade, la culpabilité de l'avoir laissée, mais aussi le gros sentiment d'injustice de devoir partir loin de Maino. Ses larmes coulaient également pour lui, qui occupait encore ses pensées. Elle s'en voulait, elle ne savait que faire ni penser. Qu'avait-elle fait ?

 

     Quand elle arriva à l'aéroport, un ami de sa mère l'attendait et l'emmena directement à l'hôpital. Le trajet en voiture se fit dans le silence le plus terrifiant et insupportable. Le retour si brutal en France, les repères qu'elle retrouvait, les paysages familiers, tout cela la bouleversa. Elle se rendit compte du temps passé, comme un brusque retour à la réalité. Sa vraie vie était ici, et elle l'avait abandonnée pour une autre. On ne peut pas quitter ainsi les gens qu'on aime et laisser sa vie derrière du jour au lendemain sur sa propre décision... Méline avait le cœur brisé mais préférait ne pas pleurer, assumant.

 

     Enfin, ses pensées s'arrêtèrent brutalement quand elle arriva devant la porte de la chambre de l'hôpital de sa mère. Un docteur et des infirmières en sortirent. Méline n'en retint alors que leur air grave, et sa mère allongée sur les draps blancs, branchée avec des tuyaux partout qui dormait. Méline éclata en sanglot. Ils la laissèrent seule avec sa mère.

 

     Deux jours après, les docteurs lui annoncèrent la pire nouvelle, celle qu'elle redoutait plus que tout au monde : sa mère était morte.

 

 

Maman est morte, c'est ma faute...

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