7 Troubles et émotions

Niiv de Omnia (ici)

 

     Will descendit en premier du bus qui les déposa devant la petite auberge, et attendit Yuna, de l'amour empli dans les yeux, comme si son voyage en Finlande avec elle était la plus belle chose qui pouvait le combler de bonheur dans sa vie. Il vivait pleinement, son cœur explosait.

 

     Entouré de neige partout, un peu étourdi par l'air froid et pur des forêts boréales s'étendant à perte de vue, et emmitouflé dans son gros manteau, il observait, il songeait. Il était en Laponie, un monde, un univers indescriptible par tout ce qu'il dégage, toute l'émotion et le bien être, toute la sagesse d'un monde qui semble écouter, vivre, un monde où la nature prenait ses droits.

     Yuna le rejoignit et l'invita à regagner l'auberge qui les attendait. Valentin, Prunelle, Titouan et Willyanide les suivirent. Titouan contempla également les superbes paysages qui s'étendaient partout autour d'eux et qui s'accordaient tellement bien avec sa profondeur et son calme intérieur.

 

     Il était déjà assez tard quand ils arrivèrent à une petite auberge au nord de Rovaniemi. Ils posèrent leurs affaires dans leur chambre, découvrirent un peu les lieux, puis descendirent manger. Ils repartirent ensuite dehors, non sans impatience, explorer les aurores boréales.

     Dans l'esprit de Prunelle, une musique. Celle du Nord, de la Laponie probablement. Un souffle, un vent éternel qui semblait d'une puissance et d'une profondeur comme elle n'en avait jamais entendu auparavant mais qui pourtant lui procurait une sensation de cocon, de temps très ancien, comme si elle avait imaginé ou bien vécu dans une vie antérieure...

 

     Ce n'était pas un vent doux, c'était le souffle même de l'univers, la respiration du monde, et les aurores boréales, qui allaient et venaient dans le ciel d'une couleur souvent verte, émanaient comme une force puissance, une brutalité, une vie violente. Tous les sons qui se dégageaient des aurores boréales, si vraiment on prêtait attention aux moindres bruits, faisaient à la fois ressentir profondeur, vie, mais aussi violence, comme la métaphore même du monde, de l'univers.

 

     Le froid qui les transissait tous dégageait lui aussi cette même sensation : cocon, profondeur, solitude, grandeur du monde qui nous entourait et qui nous portait. Un faux silence, une fausse douceur, car derrière le côté mystérieux voir symbolique qui pouvait s'apparenter au froid, on y voyait à présent dureté, une violence comme une profonde déchirure, une dualité horrible et transcendante.

 

     L'immensité de neige à perte de vue, le calme intense dû au fait que la nature prenait ici entièrement ses droits, la musique du vent et des aurores boréales, la nuit constellée et le froid, tout cela les plongeait dans un monde si particulier, si intense. Le silence les tenait, leurs pensées autres se taisaient, ils étaient tous complètement muets, prenant conscience de la vie, du monde entier qui les portait, de la nature, de la musique réelle, et enfin de leur petite existence devant cet être gigantesque qui vivait devant eux, le monde.

 

     Prunelle, ébahie et silencieuse comme ses compagnons devant ce spectacle, tenta de chasser ces idées de sa tête et profiter de ce moment magique, unique, qu'elle n'oublierait jamais. Elle partageait avec Valentin le même rêve que celui que vivait Will et Yuna pour leur cadeau de Noël. Une fois dans sa petite vie d'humaine, elle aurait entendu autre chose que tous les bruitages humains, et les parasites sonores des machines. Elle aurait entendu autre chose aussi que le bouleversement de sentiments, de ressentis et de pensées qui rythmaient sa vie à l'intérieur d'elle comme un orchestre philharmonique dont le chef d'orchestre serait son cerveau. Cette musique, aussi mystérieuse soit-elle, resterait bien vivante au fond d'elle, la musique du nord, la musique de la Laponie, la respiration et le berceau du monde.

 

     Au bout d'une heure en pleine nuit à contempler les aurores boréales, le petit groupe d'amis se décida à rentrer, les membres engourdis par le  froid, et les poumons glacé à force de respirer l'air gelé, malgré leur grosse écharpe. Prunelle et Yuna manifestèrent les premiers signes de fatigue et de faiblesse évidents, malgré la fascination et la volonté de rester le plus longtemps possible dans un pareil lieu. Will, Valentin et Titouan qui se sentaient également faiblir à cause du froid, luttèrent contre l'envie de rester et aidèrent les filles à avancer dans la neige  jusqu'à l'auberge de jeunesse de Rovaniemi. Ils ne parlèrent pas jusqu'à leur arrivée, chacun plongé dans leurs pensées.

 

     Une fois arrivés à l'auberge, l'air chaud les raviva et leur redonna des forces et des couleurs. C'est comme si la vie humaine cette fois reprenait, le train-train de leur petite existence se remettait en route, dans l'ordre des choses. Prunelle, qui en prenait véritablement conscience après un bon chocolat chaud, esquissa un léger sourire. Ce souvenir ou bien cette... vie qu'elle avait pu ressentir, toucher, était magnifique et fascinante, mais elle n'était néanmoins pas mécontente de retrouver la vraie vie, son humanité, la confort de sa petite existence. 

 

     Will, Yuna, Valentin, Prunelle, Titouan et Willyanide repartirent à leur chambre, et ne tardèrent pas à s'endormir, tous des images plein les yeux et une musique magique leur bourdonnant dans les oreilles.

(fin musique)

 

      Après une bonne nuit de sommeil, ils profitèrent du petit confort de l'auberge de jeunesse, passant quasiment toute la journée à l'intérieur.

     Willyanide était d'une compagnie fort plaisante, trouvant toujours des rétorquées très drôles, et tellement de choses à raconter. Avec les filles, elle parlait amour et avait le don de captiver tout son auditoire, plein d'anecdotes, d'intrigues, d'émotions... Tandis qu'avec les hommes, elle avait un certain bagou et une force de caractère qui lui donnait son charme. Voyages, expériences, défis, ou encore les goûts cinématographiques... Valentin adorait écrire des scénarios avec elle, qui avait une aisance prononcée pour l théâtre.

 

 

Concerto n°2, mvt 2 de Rachmaninov (ici)

     De son côté, Méline aussi avait bonne compagnie et étrangement, ses amis ne lui manquaient pas.

 

     <<Nous étions en fin de soirée... 

Il faisait de plus en plus froid mais je n'avais aucune envie de retourner à l'auberge de jeunesse. J'y avais passé trois jours enfermée, complètement malade, et j'avais envie de profiter au maximum de cette Finlande tant attendue. En réalité, si j'avais senti cette douce présence à mes côtés m'aidant à retrouver le jour, à me réveiller, il y en avait deux, Prunelle n'avait pas été la seule à m'apporter son soutien.

 

     Il s'appelle Maino.

Pourquoi.

 

La vie est remplie de pourquoi, mais sûrement pas de comment. J'aime laisser à la vie les surprises  qu'elle tend sur mon chemin, laisser ce goût étrange du <<pourquoi>> m'envahir, à la fois chercher à comprendre sans pour autant trouver de solutions ni limiter le don de la vie en les réduisant dans des boîtes de catégories.

 

Je l'aime.

 

C'est drôle, je rêvais de voyager, en plus en si bonne compagnie, avec ma bande d'amis formidables, et en plus... la Finlande ! Et il a fallu que je tombe amoureuse, dès les premiers jours.

Me ferais-je l'affront d'espérer... espérer le voir souvent, pouvoir l'aimer, pouvoir vivre avec lui ?

Oui, parce que je suis assez folle pour cela.

Je ne poserai pas de limites. Je sais que je l'aime, je l'aime éperdument, et je ne laisserai pas ma chance tomber.

 

Si nous ne pouvons pas nous voir souvent en raison de la distance, du pays, de la langue, cela ne doit pas empêcher notre amour de vivre.

Mon Maino, je t'aime.

Et si nous partions ensemble en France ? Si je restais plus longtemps que prévu en Finlande ?

Maino, toi qui aime les voyages, toi qui aime la France, serais-tu prêt à partir pour moi ?

 

Tes superbes yeux bleu gris, tes cheveux blonds ondulés, ta vision m'occupe l'esprit à chaque seconde, tu me hantes, et je ne pense qu'à toi. J'entends encore ton bel accent finnois.

 

Je rêve tellement ! Je suis sur un petit nuage, je suis tellement heureuse ne serait-ce que de t'aimer . Avant de concevoir le possible et l'impossible, je me contente de t'aimer, et j'ai la chance d'avoir ton amour en retour. Au diable le reste !

 

Je rêve de voyager avec toi, de partir, Partir ! M'envoler, aller à l'autre bout du monde avec toi...

 

Maino, en juste quelque jours, nous avons déjà tant vécu de moments inoubliables...

Tu fus comme le prince charmant venant réveiller sa Belle au bois dormant, lorsque j'étais dans un profond sommeil, et que, discrètement, quand Prunelle s'absentait, tu me guettais au loin, parfois tu restais assis à me regarder.

 

Mes escapades jusqu'à ta chambre le soir, après avoir fait ta connaissance, nos fous rires la nuit que l'on devait estomper dans les oreillers pour ne pas éveiller les voisins...

Je n'oublierai jamais aussi notre promenade dans la neige, où nous étions tous deux brûlants de désir et de passion amoureuse, et où nous avons échangé nos premiers longs baisers.

 

J'étais partie en Finlande, un fantastique voyage avec mes amis. Un rêve auquel je n'aurai jamais cru. J'étais tombée malade dès l'avion, pas même consciente. A mon réveil, j'étais amoureuse.

 

Si beaucoup d'histoires d'amour se terminent mal, si l'amour peut détruire une vie, si je n'y croyais plus... Il semblerait que l'ange Cupidon m'ait atteint de sa flèche. J'ai décidé d'y croire, de me battre et de tout faire pour rester avec lui. La mienne, mon histoire, notre histoire, elle sera l'une des plus belles au monde.

 

Maino, minä rakkastan sinua.

Je t'aime...>>

 

 

     Méline posa son stylo sur la table en bois, à côté de son journal. Deux larmes de joie coulèrent sur sa joue, et vinrent tomber sur le bas de la page de son journal. Elle semblait supplier la vie, supplier quelque chose au-dessus d'elle, peu importe ce qu'il pouvait être, un dieu, la nature, l'univers ? Que la chose qui était à l'origine de sa rencontre et de son amour avec Maino serait la plus clémente possible avec eux. Elle avait tant envie d'y croire, tant envie d'être heureuse, et tellement pas envie de le perdre, lui...

 

     Un flot incessant de sentiments la saisissait, la torturait. Elle ne dormait plus, cette fois. Elle avait beau les rejeter, elle se posait mille questions, elle avait peur au fond d'elle, consciente que cette histoire d'amour était des plus inattendues et invraisemblables. N'importe qui aurait pu lui rire au nez et lui montrer la réalité en face. Et si elle devait le laisser, l'oublier ? Non, justement, elle n'en était pas capable, elle ne le voulait pas. Elle se battrait, elle ferait l'impossible justement, mais elle ne renoncerait pas.

 

     Méline finit par se reposer et s'endormit profondément sur sa table de nuit, sans même s'en rendre compte, exténuée.

 

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