4 Le Noël de Will et Yuna

Waltz on the Branches de Alizbar (ici)

 

     Le lendemain matin, Amaryllis se réveilla et se leva discrètement pour ne pas éveiller ses compagnes encore endormies. Elle profita d'un peu de solitude pour prendre une bonne douche de plus d'une demi-heure comme elle aimait, et passer un coup de fil et quelques SMS à ses proches. Elle n'avait que très peu dormi, trop agitée et nerveuse pour arriver à sombrer dans un sommeil profond, suite aux péripéties de la veille au soir.

 

     L'eau bien chaude de la douche et les senteurs orientales épicées de ses produits de beauté marocains lui rappelaient celle des bains chauds arabes où elle avait eu plaisir à aller plusieurs fois petite, avec sa famille. L'image floue du hammam avec ses voûtes, ses murs de couleur ocre, ses vitraux et ses quelques colonnes, complètement voilé par la vapeur occupait son esprit, aussitôt suivi par les quelques souvenirs de son enfance dans sa ville natale.

 

     Elle aimait prêter l'oreille à tous les bruits qu'elle pouvait ouïr autour d'elle. Ici, les gouttelettes qui ruisselaient de la douche dansaient, fluides, comme une symphonie de notes scintillantes d'un dimanche pluvieux. L'eau était son élément, elle incarnait une féminité avec sa gracilité, sa douceur, mais aussi son côté créateur : l'océan recouvrait la Terre et était aussi réputé pour avoir donné la vie. Mais par dessus tout, l'eau dansait, vivait, tournoyait, jaillissait et offrait toujours une douce harmonie aux oreilles affûtées qui lui prêtaient une attention particulière. Le clapotis inlassable de l'eau lui procurait des dons de relaxation intense et une méditation digne des sages bouddhistes.

 

     La répétition et le flot de notes au tempo presque régulier résonnaient en elle comme une musique intérieure, mais aussi une musique qui la référait à son origine, son enfance, à la maternité. Par ailleurs, s'il était un instrument capable de représenter l'eau et les sentiments et sensations qu'elle ressentait en l'écoutant, c'était probablement la harpe, qui pour Amaryllis représentait la féerie, l'évasion, la méditation et la nature. Le son de l'eau tombait comme la main d'une musicienne venant égrener les cordes de sa harpe. Amaryllis rêvait pouvoir jouer de la harpe un jour, en plus du violon pour lequel elle se consacrait actuellement en vue d'avoir des diplômes nationaux qui lui permettraient d'entrer dans de grands orchestres.

 

     Après presque une heure passée sous la douche à se laisser bercer par le son de l'eau, elle sortit et se vêtit comme à son habitude d'une robe fine et élégante, de collants chauds et de bottes fourrées. Elle passa du temps à se lisser les cheveux, puis ajouter une pince en forme de rose blanche sur un côté. Elle rejoint ensuite ses amis qu émergeaient et discutaient dans les chambres.

 

     C'est avec plaisir qu'ils découvrirent en se levant qu'il neigeait et que les flocons recouvraient petit à petit la cour au centre du château. Pour ne pas manquer un petit déjeuner original, ils sortirent dehors, s'assirent sur le peu de neige accumulé au cours de la nuit, et attendirent comme des rois qu'on leur serve une tasse de café ou de chocolat chaud avec des cookies faits maison par la mère d'Alix.

 

     La discussion retomba tout de même sur les aventures de la veille, qui restaient encore à expliquer. Méline en était particulièrement désolée et s'excusait d'avoir causé autant d'inquiétude mais ne se souvenait de rien. Alix et Titouan avaient bêtement perdu le reste du groupe en recherchant Méline et avaient paniqué rapidement. Leur crainte avaient redoublé quand ils l'avaient découvert avachie contre une voiture au parking du bar, presque inconsciente, à moitié endormie. Une mauvaise blague des barmans du coin, ou les conséquences de l'alcool, on ne saura jamais.

 

     Leur séjour terminé, ils durent songer à repartir chez eux et se dire au revoir, espérant pouvoir réorganiser une petite excursion de la sorte ensemble. Les fêtes de Noël arrivaient dans quelque jours et chacun rentra chez sa famille, à l'exception de Will et Yuna qui décidèrent de passer le réveillon dans leur ville d'études à Nantes avec des amis de leur école d'art.

 (fin musique)

 

     Ils avaient embelli leur petit chez-eux, dont la décoration était déjà d'ordinaire très originale, artistique et personnalisée. Les portes étaient recouvertes de papier journal et de magazines qu'ils avaient collé les uns par dessus les autres, leurs tableaux de peinture étaient suspendus aux murs ainsi que des photos qui placées à la suite formaient des figures comme des spirales, un visage...

     Des bougies et de l'encens étaient répartis un peu partout dans l'appartement. C'était un espace confiné, intime, très personnel : on entrait dans un univers coloré et évasif  dès qu'on franchissait le seuil de la porte.

 

     A peine rentrés après beaucoup d'heures de route, ils partirent faire un ravitaillement pour le réveillon le lendemain. Yuna avait l'intention de cuisiner elle-même les entrées et les desserts où elle aimait ajouter sa petite touche personnelle dans la présentation et la décoration des plats. Will s'occupera du plat principal, et sera sûrement convié aux tâches déplaisantes comme mettre la table, faire la vaisselle, et faire le ménage. Il avait beau râler et s'indigner, elle avait toujours le dernier mot, sereine, posée et donc imperturbable. Et c'est exactement ce qui se passa le lendemain tandis que le studio se remplissait de douces odeurs de chocolat et de gâteau.

 

     La sonnette de leur appartement retentit et leur salon se remplit progressivement une fois passée vingt heures. Heureusement, leurs amis étaient partis fêter Noël chez leur famille, ce qui leur permettait de faire du bruit et s'amuser sans gêne. Sur tous ceux qu'ils avaient invités, cinq purent les rejoindre, dont Elwina, une des meilleures amies de Yuna, une jeune femme aux courts cheveux noirs et au visage gracieux avec des yeux noirs très ouverts, malicieux et pétillants, qui ressemblait d'ailleurs un peu à l'actrice Audrey Tautou. Il y avait aussi son amant, Mélicent, avec qui Will s'entendait le mieux sur Nantes, et qui était tombé discrètement amoureux de Yuna avant de sortir avec Elwina, ce qui avait créé quelques tensions entre les couples.

 

     Ils mangèrent assis sur les poufs et le petit canapé avec un fond de musique techno qui mettait de l'ambiance. Entre les repas, ils se divertissaient en dansant, en chantant en karaoké ou encore en jouant à des jeux rapides sur la XBOX que Mélicent avait ramené. Un peu avant minuit, Will reçut un SMS et décida de sortir pour passer un coup de fil. Ils éteignirent la lumière, mirent quelque spots, augmentèrent le son des basses, la nuit ne faisait que commencer !

 

     Yuna remarqua l'absence de Will au bout de quelques minutes et décida de s'éclipser à son tour pour le rejoindre et s'assurer que tout allait bien. Il avait fini son appel et fumait une cigarette, ce qui étonna Yuna.

 

_ Tu fumes ? Tout seul, comme ça ?

 

Devant l'absence de réponse de Will, Yuna se rapprocha de lui et lui massa les épaules pour le détendre.

 

_ Mon loulou, qu'est-ce qui te contrarie ? On fait déjà la fiesta en haut, on t'attend, c'est Noël quoi, allez...

_ Justement.

_ Quoi ? Oh allez, n'attends pas qu'on te supplie à tes pieds, accouche, qu'est-ce qui a ?

 

Silent Night de Lindsey Stirling (ici)

 

Will se retourna vers Yuna, les larmes aux yeux, avec une expression saisissante et pleine d'émoi.

 

_ Ma chérie...

 

     Un long silence suivit ces mots, comblé par un regard intense entre Will et Yuna. Un long regard amoureux qui aurait pu durer des heures, et qui en disait plus que de simples mots. Les yeux doux d'un vert nature aux reflets dorés de Yuna se fondaient dans ceux de Will dont le bleu profond référait directement au froid, à la glace, à une sensibilité toute particulière et une fragilité qu'il cachait. Yuna pouvait facilement la saisir et avait le don de le rassurer, de le rendre heureux, de le faire vivre pleinement. Il n'avait jamais ressenti de sentiments aussi forts que depuis le jour où il l'avait connue.

 

     Yuna baissa les yeux la première, cherchant à savoir ce qu'il se passait, qui il avait appelé...  Will tourna le regard à son tour avec un brin de déception, et il respira bruyamment, stressé. Il parvint au bout de quelques temps seulement à répondre :

 

_ Ca te dit un voyage en Finlande cet hiver ?

_ Pardon ?

_ Ma famille... hum... ma famille m'a offert un voyage en Finlande, avec toi, pour mon Noël.

 

     Will fit tomber sa cigarette, trembla et serra Yuna dans ses bras qui, à son tour, en devint muette et mit un temps de réaction. Ils burent un café pour se remettre de leurs émotions. Voyager en Finlande était la plus grande passion de Will, qui se consacrait pour ses études aux peintures des pays enneigés et aux sculptures de glace. Sa folie pour les pays scandinaves et nordiques avait touché Yuna qui avait commencé à apprendre la langue, aux sonorités très musicales. C'était sans nul doute le plus beau cadeau de Noël qu'on ne leur ai jamais offert.

 

     Un quart d'heure plus tard, après s'être serré dans leurs bras et embrassé maintes fois, ils remontèrent à leur appartement pour rejoindre leurs amis qui dansaient dans le noir sur la techno à fond. Ils leur annoncèrent non sans mal la nouvelle, qui fut suivie par plein d'applaudissements et de cris pour fêter cette superbe nouvelle. Ils trinquèrent de nouveau en imaginant déjà leur prochain voyage. Ils logeraient à Helsinki, la capitale, dans une auberge de jeunesse. Ils aimeraient aussi monter au nord du pays pour découvrir les forêts boréales recouvertes de neige partout, et avoir peut-être la chance de découvrir le soir les aurores boréales. Pendant les mois à venir, ils apprendraient ensemble la langue finnoise. La conversation s'enchaîna petit à petit sur les expériences et les voyages de chacun d'entre eux.

 

     Puis, ils remirent la musique et dansèrent à nouveau jusqu'au bout de la nuit. Après tant d'émoi, de joie et d'excitation, la musique leur procura aussitôt l'envie de se défouler à fond et de donner tout ce qu'ils pouvaient. La soirée ne se termina qu'à six heures du matin, où ils songèrent à dormir.

 

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